Appel à communications 06/11/2026 : « La vérité des images »

Publié le 17 mars 2026 Mis à jour le 17 mars 2026
Date(s)

le 6 novembre 2026

Participation ouverte jusqu'au 18/06/2026
Lieu(x)

Nice, Université Côte d'Azur

APPEL À COMMUNICATIONS
 

Journée d’études interdisciplinaires 

organisée par l’association Docto’SHAL

« La vérité des images »

Contenu de l’appel

Du latin imago, l’image désigne étymologiquement une représentation. Le terme imago partage toutefois sa racine avec le terme imitor, qui signifie non seulement “imiter”, mais également “contrefaire”, c’est-à-dire imiter de manière trompeuse. L’image est ainsi traversée par une ambivalence dans son étymologie même : elle peut être à la fois ce qui rend présent un objet absent et ce qui, à la faveur de cette représentation, le trahit et le falsifie. Omniprésentes dans nos sociétés contemporaines, dans les médias, sur les réseaux sociaux, mais aussi dans les pratiques politiques, les images saturent notre quotidien, rendant toujours plus incertaine la distinction entre image, fiction et réalité. Ce brouillage se trouve aujourd’hui renforcé par le développement de l’intelligence artificielle, capable de générer des images fictives mais crédibles (deep fake). De telles images ne viennent pas illustrer un quelconque récit historique, mais se présentent comme des traces d’évènements qui n’ont jamais eu lieu. Là encore, il en va d’une ambivalence fondamentale. Car les images sont aussi, a fortiori quand les discours n’ont plus d’autre finalité que de façonner et de manipuler l’opinion publique en dissimulant la vérité, des témoins et des preuves de ce qui se passe réellement.

 

En philosophie, la vérité est consensuellement définie dans sa tradition aristotélicienne comme l’adéquation du jugement et de la réalité. Mais l’image semble alors exclue de ce paradigme. Elle renvoie au contraire à l’imaginaire, au virtuel, au rêve. En représentant le réel, elle l’épure d’un certain nombre de caractéristiques essentielles : elle fige le mouvement, isole un fragment de l’espace, aplatit la profondeur, mais surtout, elle est une représentation sans logique et sans raison, elle est une perception supplémentaire et non un jugement sur le réel. Pire, comme l’affirmait déjà Platon, elle est un double appauvri - voire fantomatique - de l’être. Cette critique épistémologique est solidaire d’une critique esthétique. C’est déjà le cas chez Platon qui, dans la République, soutient qu’il faut exclure les artistes de la cité idéale, mais c’est aussi Bergson qui condamne les images du cinématographe en tant qu’elles ne font que produire des illusions mécaniques du mouvement véritable. Contre toute une tradition pourtant, la philosophie s’érige aussi en défenseuse des images et de leurs vertus heuristiques et pédagogiques. Deleuze se fait critique de Bergson sur le cinéma, Didi-Huberman montre comment les images peuvent s’inscrire dans un processus de recherche historique et s’approprie le concept de « rédemption par l’image » forgé par Walter Benjamin. Merleau-Ponty, pour sa part, exhume les vérités de la peinture moderne, et même du dessin d’enfant, en se laissant guider par la force de l’expression artistique capable à elle seule de transformer notre regard sur le monde. Du côté de l’épistémologie, on doit notamment à Gaston Bachelard d’avoir redonner un rôle central à l’imagination dans l’accès du sujet au savoir. Mais c’est aussi la philosophie morale qui s’attache à réhabiliter les puissances de l’imagination et des images dans le cadre d’une pensée de l’agir humain.

 

Dans les sciences humaines comme dans les sciences naturelles, la question de la vérité des images est double. C’est d’abord celle de leurs vertus pédagogiques et de leur capacité à transmettre, vulgariser et susciter l’intérêt du grand public, comme en témoigne l’existence de la section CNRS image. Et c’est également celle de la nature, du rôle et de la valeur de ces signes spécifiques que sont les images dans les processus de production de la connaissance. Certaines images font office de matériaux d’études, de preuves ou d’archives, quand d’autres sont générées artificiellement pour figurer certains concepts. Elles sont par ailleurs fabriquées à partir d’outils et de techniques extrêmement divers dont il est chaque fois possible et souhaitable d’interroger la matérialité. Quoi de commun par exemple entre une image obtenue dans les sciences des matériaux par la microscopie confocale - qui sert à examiner la topographie de surface, à analyser la composition des matériaux et à observer la microstructure des matériaux en haute résolution -, une image en médecine obtenue par radio cérébrale, une photographie en astrophysique du télescope « Hubble » en orbite autour de la Terre, ou encore les archives cinématographiques de l’anthropologue Jean Rouch ? 

 

Les sciences humaines, particulièrement dans notre école doctorale, contribuent elles aussi à étayer ce paradoxe de la vérité des images, soit pour en révéler la concrétude et la complexité, soit pour le contester par la confrontation avec la pluralité et les singularités des réalités que recoupe le concept, que la philosophie a parfois tendance à vouloir trop rapidement ou trop grossièrement unifier. La psychanalyse nous apprend par exemple à déchiffrer l’énigme des images de nos rêves en tant qu’elles portent les indices de notre inconscient singulier. Tandis qu’en histoire de l’art, l’iconologie s’impose comme une science des images incontournables. Mais c’est bien sûr à l’histoire, à la littérature, à la sociologie et à l’anthropologie que nous en appelons.

 

Enfin, ce paradoxe de la vérité des images prend un sens particulier dans le champ des arts et de la culture, de même que dans celui des sciences de la communication. Historiquement, le journalisme s’inscrit dans une conception de la vérité liée à la visibilité et à l’espace public, héritée du siècle des Lumières. Cependant, la vérité journalistique n’a jamais été une vérité absolue. Elle repose sur des normes éthiques et professionnelles telles que la véracité, la responsabilité et la transparence dans la sélection et la présentation de l’information, y compris des images. Pierre Bourdieu explique notamment ces logiques par les contraintes du champ journalistique, marqué par la concurrence, l’urgence et la recherche de visibilité. Dans le contexte actuel, dominé par la concurrence et les logiques algorithmiques, les journalistes peuvent être de plus en plus tentés d’intégrer ces critères dans leurs choix visuels. Les nouvelles possibilités techniques, comme la retouche ou la création d’images, peuvent encore renforcer ces tensions. Il devient donc crucial de repenser la responsabilité journalistique face aux images : comment penser aujourd’hui le lien entre images et vérité, entre visibilité, attention et fidélité aux faits, dans un environnement médiatique profondément transformé ? 

 

Plus largement, les sciences de l’information et de la communication sont aujourd’hui en première ligne pour concevoir des outils capables d’analyser l’influence des mécanismes produits par les images, par exemple sur la formation de la mémoire collective, mais aussi sur la question des droits d’auteur lors de la création de contenus, notamment lorsque l’IA participe au processus créatif. Il en va d’enjeux à la fois politique, éthique, et esthétique. A ce titre, le cas des images du corps qui circulent sur les réseaux sociaux est particulièrement intéressant. Filtrées, modifiées, montées, remaniées, de quelles vérités sont encore porteuses ces images ? Cette question devient centrale dès lors que les images de beauté ne se contentent plus de représenter un corps existant, mais participent activement à la fabrication de normes visuelles, désormais renforcées et automatisées par des dispositifs algorithmiques. Les sciences de l’information et de la communication permettent d’envisager ces images non pas comme de simples reflets du réel, mais comme des objets sociaux agissants. Elles produisent des normes esthétiques (peau lisse, symétrie, jeunesse, absence de défauts), modèlent les représentations du “normal”, du “beau” et du “désirable” et participent à une hiérarchisation implicite des corps. Or ces normes ne sont pas neutres : elles s’inscrivent dans des rapports de pouvoir.

 

D’une manière générale, ces enjeux éthiques et politiques sont au cœur d’une réflexion transdisciplinaire sur la vérité des images. Mais comme le souligne Anthony Lavaud, les images exercent une telle emprise sur nous qu’elles suscitent bien plus souvent des jugements sur leur valeur, qu’une réflexion sur leur nature. C’est pourquoi nous nous proposons, à l’aide des ressources contemporaines des différentes disciplines présentes dans notre école doctorale, d’aborder ces enjeux tout en se maintenant au cœur d’une interrogation sur la vérité des images. 
 

Axes de recherche

  • Axe 1 : Les images et la réalité : le statut ontologique de l’image
    Interroger le rapport des images au réel, entre illusion, fiction ou vérité, ainsi que la réalité qu’elles représentent, transforment ou produisent.

  • Axe 2 : Les images et les sciences : imaginaire visuel et production du savoir
    Explorer la place des images et de l’imaginaire visuel dans l’élaboration et la transmission des savoirs scientifiques : techniques de représentation, processus pédagogiques et enjeux épistémologiques.

  • Axe 3 : Les images et le commun : circulation, information et autorité de la vérité à l’ère numérique
    Le rôle des images dans l’espace public contemporain, en particulier dans les environnements numériques. Questionner les conditions de production, de circulation et d’interprétation des images dans les médias, les réseaux sociaux et les outils de l’intelligence artificielle, ainsi que les enjeux de source et d’autorité qui leur sont associés.

  • Axe 4 : Le pouvoir des images : usages esthétiques, éthiques et politiques
    Enfin, examiner les puissances d’action des images dans les domaines artistique, critique et politique. Analyser leurs usages esthétiques, éthiques, et leur capacité à susciter le désir, la mobilisation ou la contestation.

Modalités
 

L’association Docto’SHAL a pour vocation de faire vivre la communauté des doctorant.e.s de l’école doctorale « Sociétés, Humanités, Arts et Lettres » de l’Université Côte-d’Azur, en leur permettant notamment de diffuser et de confronter leurs travaux de recherche dans et en dehors de l’école. L’appel à communication s’adresse aux doctorants.e.s et jeunes chercheur.euses de l’Université Côte d’Azur et d’ailleurs, mais aussi aux chercheur.euses confirmés, maîtres de conférences et professeur.e.s des écoles. En raison de l’ampleur du sujet et de la variété des disciplines concernées, l’argumentaire et les axes transversaux restent indicatifs. Notre comité sera attentif à toute proposition originale fidèle à la thématique.

Les propositions attendues devront tenir en 500 mots maximum et être accompagnées d’une courte biographie des auteurs. 

Les propositions seront à envoyer à l’adresse suivante : asso.doctoSHAL@univ-cotedazur.fr 

Avant le 18 mai 2026 à minuit.


Bibliographie 
 

Arendt H., Les origines du totalitarisme, Harcourt Brace & Co., 1951.

Baudrillard J., Simulacres et simulation, Gallimard, 2024.

Bergson H., L’Évolution créatrice, PUF, « Quadrige », éd. Critique d’Arnaud François, 2013.

Besancon A., L’image interdite, une histoire intellectuelle de l’iconoclasme, Fayard, 1994.

Bourdieu P., Sur la télévision, Raisons d’agir, 1996.

Cardon D., À quoi rêvent les algorithmes, Seuil, 2015. 

Citton Y., Pour une écologie de l’attention, Seuil, 2014. 

Deleuze G., Cinéma 1 et 2, Les éditions de minuit, coll. « Critique », 1983 et 1985.

Derrida J., La vérité en peinture, Champs-Flammarion, 1978.

Didi-Huberman G., Images malgré tout, Les éditions de minuit, Coll. « Paradoxe », 2004.

Éliade M., Images et Symboles, Tel-Gallimard, 1986.

Evdokimov P., L’art de l’icône, Desclée de Brouwer, 1970.

Freud S., L’interprétation du rêve, PUF, 2012.

Lacan J., Écrits, Seuil, 1996.

Lavaud A., L’image, GF Flammarion, 2011.

Marin L., Des pouvoirs de l’image, Seuil, 1993.

Merleau-Ponty M., L’oeil et l’esprit, Gallimard, 1960.

Piaget J., La formation du symbole chez l’enfant imitation, jeu et rêve, image et représentation, Delachaux et Niestlé, 1978.

Pierron J-P., Les puissances de l’imagination. Essai sur la fonction éthique de l’imagination, éditions du Cerf, 2012.

Platon, La République, GF Flammarion, 2025.

Rancière J., Le destin des images, La fabrique, 2002.

Sartre J-P., L’Imagination, PUF, 1950.

Warburg A., L'Atlas mnémosyne, éditions Atelier de l’écarquillé, coll. « Ecrits II », 2012.

Wolf N., The Beauty MythHow Images of Beauty Are Used Against Women―a Feminist Critique on Society's Obsession with Flawless Women, Harper Perennial, 2002.