Séminaire : « Voix de femmes en France, en Italie et ailleurs. Regards interdisciplinaires sur le genre »
II/ Edition 2025/2026 - Coordonné par Daniela Vitagliano (CMMC) et Dana Portaleone (CRHI)
SFRI
Lieu : Université Côte d'Azur, Campus Carlone, salle A331 (anciennement H301)
Participation libre, ou sur Zoom en demandant à daniela.vitaglione@univ-cotedazur.fr, ou à dana.portaleone2@unibo.it
...............................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
- Séance du 3 février 2026
-
17h-18h : Elena PORCIANI (Université de la Campanie “Luigi Vanvitelli”), DiVerse, un projet de recherche et une archive sur la poésie féminine en Italie de 1945 à 2000
Dans mon discours je présenterai le projet PRIN 2022 duquel je suis Principal Investigator et qui voit la participation des trois Unités de recherche : l’Unité de la LUMSA, l’Unité de l’Université de Florence et l’Unité de l’Université de la Campanie ‘Luigi Vanvitelli’. Chaque Unité a le but d’examiner un spécifique aspect de l’objet de recherche : respectivement, les constants thématiques et formelles des textes, les formes de l’expérimentation intermédiale et le rapport avec le féminisme ; de plus, les trois Unités collaborent à la construction d’une archive digitale et fichent transversalement les traductions faites par les poétesses italiennes de la poésie féminine étrangère. En particulier, je montrerai les données déjà publiées et les sections de l’archive et je me concentrerai sur les lignes de recherche de l’Unité campanienne, en présentant les premiers résultats de notre travail et en traitant la question du sens d’une étude littéraire de genre.
18h-19h : Pinar SELEK (Université Côte d’Azur), Le rôle de la masculinité normative dans la production de la violence politique
À partir d'une enquête de terrain sur le service militaire en Turquie, il s'agira de démontrer le rôle de la masculinité normative hétérosexiste dans la production de la violence politique. Le service militaire, faisant partie d'une institution totale (Goffman) qu'est l'armée, fonctionne comme une « économie politique des corps » qui (re)produit des sujets apprenant à maîtriser leurs capacités de violence tout en intériorisant leur subordination hiérarchique. Si elle prend des formes particulières en Turquie, cette expérience militaire participe à un ordre patriarcal plus large qui fonde l'adhésion à la violence légitime exercée par l'État, dans de nombreux autres contextes, avec leurs variantes et spécificités, où le pouvoir masculin s'obtient, par un paradoxe apparent, à travers la soumission, l'humiliation et l'intériorisation de la hiérarchie. - Séance du 17 février 2026
-
17h-18h : Iulia DONDORICI (Freie Universität Berlin), Céline Arnauld - une femme poète dans les avant-gardes littéraires du début du XXᵉ siècle
Mon intervention portera sur l’écrivaine Céline Arnauld (1885-1952). Après une présentation de sa production littéraire et de ses activités sous l’égide de Dada entre 1919-1923, aborderai la question de l’effacement de cette écrivaine dans l’histoire des avant-gardes. Pourquoi la voix de Céline Arnauld n’a-t-elle pas été entendue par ses pairs dans le champ des avant-gardes ? Comment expliquer que les historiens et les critiques littéraires aient pu ignorer sa participation à ces mouvements, bien que sa création et ses interventions se distinguent par leur originalité et leur radicalité ?
18h-19h : Stefania FERRANDO (Université Côte d’Azur), Réécrire le mythe de Médée pour penser la liberté des femmes. Le grand défi de Christa Wolf
Dans mon intervention, je voudrais me concentrer sur le livre de Christa Wolf intitulé Médée. Voix, publié en 1996. À partir de ce texte incroyable, je proposerais deux parcours de réflexion. D’une part, comparer la figure de Médée, qui émerge de la réécriture de Wolf, avec celle d’Antigone, afin de suggérer une manière inattendue de penser le rapport entre la liberté des femmes, les lois et la société. Serait-il trop audacieux, quand on sait que Médée aurait tué ses propres enfants ? Ou cette même histoire nécessite-t-elle d’être revisitée ? D’autre part, j’aimerais considérer la pratique de réécriture du mythe mise en œuvre par Christa Wolf, à laquelle elle assigne plusieurs objectifs : retrouver les racines d’une histoire cachée, faire émerger de nouvelles généalogies féminines et, à partir de là, libérer une puissance de création littéraire. - Séance du 10 mars 2026
-
17h-18h : Paola PERSANO (Université de Macerata), Voix et vie de femme en colonie. Discours d'émancipation et intersectionnalité entre XIXème et XXème siècle
Mon intervention aura pour finalité de mettre en relation méthodologique et critique l'histoire des discours et des contre-discours coloniaux et les études de genre, à travers la notion d'intersectionnalité à l'épreuve de la longue durée historique. À partir des prises de parole émancipatoires directes et indirectes des femmes et des témoignages sur leur conduite en colonie (pétitions, mémoires, appels, rapports, procès-verbaux, sources judiciaires, etc.), j'explorerai le terrain privilégié d'analyse du discours (à la fois émancipatoire et intersectionnel) des femmes ex-esclaves dans l'espace colonial français, en particulier dans les territoires d'Outre-mer. J'analyserai également la mémoire et la contre-mémoire de ces discours et contre-discours, mûries au sein de réflexions individuelles et de pratiques collectives partagées par les femmes héritières de l'histoire coloniale et postcoloniale française.
18h-19h : Gabrielle RADICA (Université de Lille), La voix des femmes chez DiderotDiderot parle des femmes dans ses ouvrages (songeons aux amours de Jacques dans Jacques le fataliste ; songeons aux portraits contrastés offerts dans La Religieuse), il converse avec des femmes, plus ou moins puissantes (Catherine II, Sophie Volland), il fait parler les femmes et relaie leur plainte (La religieuse) et fait même parler leurs sexes dans les Bijoux indiscrets ; il s’intéresse à certaines formes d’éloquence féminine (Lettre sur les sourds et muets ; Madame de la Carlière). Cela suffit-il pour que nous puissions dire que entendons dans ses textes la voix des femmes, et doit-on lui reprocher d’avoir parlé à la place des femmes ou de les avoir ventriloquées ? On est tenté de comparer ce problème à celui des Tahitiens, dont Antoine Lilti considère dans son dernier ouvrage (L’illusion d’un monde commun, Paris, Flammarion, 2025), que Diderot les a moins fait parler, qu’il ne les a effacés. L’exposé reviendra sur la complexité de la question, ses différents sens, et les différentes manières d’y répondre.
- Séance du 24 mars 2026
-
17h-18h : Ludmilla LORRAIN (Université Côte d’Azur), Frances Wright, « grande prêtresse de l’Infidélité » : se dire féministe et abolitioniste dans les États-Unis des années 1820
Dès son premier séjour aux États-Unis en 1818, Frances Wright, dite Fanny, fait de son expérience dans un État démocratique le sujet d'un récit de voyage dont les accents sociologiques préfigurent par bien des aspects De la démocratie en Amérique. La publication de Views on Society and Manners in America, en 1821, est en effet un véritable succès. De là, la socialiste owéniste, connue pour ses engagements féministes et abolitionnistes dans des États-Unis encore structurés par l'esclavage, n'aura de cesse de prendre la parole, dans les conférences qu'elle donnera toute sa vie autant que dans les articles qu'elle publiera, notamment dans le journal qu'elle fonde, The Free Inquirer, ainsi que dans divers ouvrages publiés tout au long de sa vie. Par ces prises de paroles publiques répétées, Fanny Wright subvertit les normes de genre de ce premier XIXe siècle anglo-étasunien, et ce d'autant plus fortement qu'elle prend position pour l'émancipation des femmes et l'abolition de l'esclavage. Dans le cadre de cette communication, nous voudrions donc analyser la manière dont cette incursion dans l'espace public, perçue comme une attaque à l'idéal de domesticité, conduit à un discrédit systématique de ses idées, sur lesquelles nous voudrions revenir.
18h-19h : Elena MUSIANI (Université de Bologne), Aux origines d’un mouvement politique des femmes : réseaux transnationaux féminins entre l’Italie et la France au long XIXᵉ siècle
La communication se donne pour but une analyse des idées et des pratiques qui, à partir des révolutions de la modernité, ont été à la source d'un mouvement politique des femmes. L’objectif est plus précisément de mettre en évidence les idées et les engagements, les lieux et les types de relation, qui ont contribué à développer une réflexion politique dans une perspective transnationale. L'accent sera mis également sur les phénomènes de réseau, non seulement entre les personnes, mais aussi dans le cadre d’actions collectives qui s’imposent dans la sphère publique. - Séance du 7 avril 2026
-
17h-18h : Monica FARNETTI (Université de Sassari), Le temps débridé chez Goliarda Sapienza
Dans l’ensemble de son œuvre, et tout particulièrement dans L’Art de la joie, Goliarda Sapienza enseigne et donne à voir un rapport au temps bien plus satisfaisant que celui que nous connaissons. En faisant éclater le continuum, en se concentrant sur la plénitude et l’intensité de l’instant, et en valorisant le paradigme de la naissance, à côté et plus encore que celui de la mort, pour définir l’existence humaine, elle s’inscrit à juste titre dans une généalogie de penseuses qui permettent de porter un autre regard sur la tradition philosophique.
18h-19h : Azélie FAYOLLE (Centre d’études de la langue et de la littérature française, CNRS), Penser son oppression : recherche de la Femme nouvelle et pensée d'une classe des femmes chez les Saint-Simoniennes de La Femme libre (1832-1834)
Alors qu'elles fondent le journal La Femme libre (1832-1834), considéré comme le premier journal féministe francophone, les quelques prolétaires qui en sont à l'origine se confrontent à des problèmes de taille : comment expliquer et justifier leur oppression et leur révolte, et comment se constituer en classe des femmes ? Inscrites dans le mouvement politico-religieux qu'est le saint-simonisme, elles se mettent elles aussi, en marge de la Famille, à la recherche de la Femme nouvelle, véritable Messie dont la parole doit faire advenir un monde nouveau. Leurs interrogations ouvrent le XIXe siècle des féminismes et amèneront aussi à questionner la méthodologie mise en œuvre pour saisir ce qui ne se pense pas encore : l'oppression des femmes.